Questions à Siegfried Russwurm, Président du secteur Industry de Siemens

Nous avons rencontré à Hanovre le président de l’entité Industry de Siemens. L’occasion de l’interroger sur les activités du groupe dans les logiciels et les équipements d’automatisme et de revenir sur ce que sera, selon lui, la prochaine révolution industrielle dans le monde, baptisée par les Allemands Industrie 4.0, qui verra la fusion des mondes virtuels et réel.

 

Comment se sont portés vos marchés en 2012 et quelles sont les prévisions pour cette année ?

La bonne nouvelle est que la tendance sous-jacente d’industrialisation partout dans le monde et dans divers secteurs d’activité ne s’est pas brisée. Nous anticipons donc une croissance générale durable des technologies de production et de notre contribution. Maintenant, d’un secteur à un autre, d’une région du globe à une autre, les résultats sont contrastés. Mais c’est la nature même de notre business. Sur le long terme, ce que nos études montrent est une croissance globale évaluée à 4% dans les industries de production [le marché devrait ainsi passer de 146 milliards d’euros en 2012 à 180 milliards en 2018, avec une progression de 5% des Bric et de la Chine et de 3% des USA et de l’Europe, Ndlr]. Notre activité logicielle croît en suivant ce rythme [les prévisions de marché pour les technologies de l’information et les logiciels pour l’industrie sont de 8% par an entre 2012 et 2018, passant de 18 millairds d’euros en 2012 à 28 milliards en 2018] et nous développons une offre de services professionnels importante. L’un dans l’autre, nous percevons de bonnes opportunités pour notre activité dans les développements technologiques actuels.

 

La Chine constitue-t-elle toujours un fort moteur de croissance ?

La Chine est et restera un moteur de croissance, mais suivra une trajectoire plus basse. Le temps où elle profitait d’une croissance générale de plus de 20% par an, avec des fluctuations imperceptibles, est passé.  C’est désormais un marché mature qui suit la tendance mondiale. Vous y trouvez tous les niveaux de technologie, du haut de gamme aux technologies émergentes, et l’évolution que nous observons est aussi vraie là-bas. La croissance générale du marché y est toujours forte, car c’est un énorme marché domestique. L’histoire montre que ce  genre de très importants marchés locaux crée leur propre dynamique.

 

Il y a toujours un avenir en Europe ?

L’Europe est une région difficile actuellement. La chose intéressante est qu’il y a des entreprises européennes qui connaissent un grand succès parce qu’elles sont beaucoup tournées vers l’export. Ce sont de vrais acteurs globaux qui tirent parti du cadre européen, des compétences, des racines européennes, et qui réussissent très bien. L’économie dans certains pays européens est difficile,  mais on y trouve des champions globaux qui se portent très bien.

 

On parle en Allemagne d’une nouvelle révolution industrielle, baptisée Industrie 4.0. De quoi s’agit-il ?

On ne peut jamais décréter que l’on vit une révolution. Ce sont nos successeurs, dans 10 ou 20 ans qui nous diront si c’était une révolution ou pas, mais nous connaissons actuellement une fusion entre le monde numérique et le monde réel de plus en plus rapide. Quand vous disposez de représentations numériques d’un produit et des outils de production, vous avez la possibilité de comparer des alternatives. Pour ma part, je compare Industrie 4.0 à un ordinateur qui joue aux échecs, qui ne fait que comparer des possibilités pour trouver la bonne stratégie. Notre échiquier de production est un peu plus compliqué ; il y a plus de chiffres, plus d’options possibles, des règles plus complexes. Il ne s’agit pas de faire gagner son roi, mais par exemple de trouver le moyen le moins, cher, le plus performant ou le plus efficace énergétiquement, de fabriquer ses produits. C’est plus compliqué,  mais dans cette Industrie 4.0, différents scénarii mettant en œuvre des modèles virtuels sont comparés, afin de choisir les meilleurs. Voilà ce que cette association des mondes du virtuel et du réel est capable de faire.

 

Vous avez beaucoup investi près de 4 milliards d’euros depuis 2007pour constituer la palette d’outils nécessaire à cette stratégie. Il vous en reste encore à acquérir ?

Ce n’est pas une situation statique. Nous n’avons pas une liste de course dans laquelle nous cochons les acquisitions réalisées. C’est un scenario dynamique. Nous apprenons de nos clients la façon dont ils mènent leurs procédés, ce qui représente pour eux des avancées potentielles pour les améliorer et nous balayons le marché pour voir si l’on peut y trouver une technologie intéressante que nous devrions ajouter à notre portefeuille pour le bénéfice de nos clients. Nous avons la puissance de feu pour fonctionner comme cela.

 

Qui sera échec et mat dans cette partie d’échec industriel ?

Je pense que ceux qui ne prendront pas part à ce monde virtuel, qui ne mettront pas plus d’intelligence en production risquent de devenir des fournisseurs de produits de base. Si vous ne prenez pas part à cette fusion entre les mondes virtuels et réels, vous pouvez devenir un fournisseur de produits de base. Ce n’est pas mauvais en soi, il y en a qui réussissent bien, mais c’est la place la plus difficile à tenir. Ceux qui ne peuvent pas se différencier par la technologie seront en difficulté.

 

Comment aller plus loin dans cette démarche ?

C’est la complexité des systèmes, des décisions qui sont encore prises par des humains parce qu’il n’existe aucune alternative. Si vous demandez aux décideurs du monde la production, ils vous répondent qu’il y a des sujets sur lesquels ils ont encore des options et d’autres où tout est clair car ils ont toutes les informations nécessaires. Il n’y a alors pas de décision à prendre. Partout où il existe des algorithmes, où tout est clair, cela sera fait par une machine car cela ne fait que suivre un algorithme. Là où le jugement des hommes ou leur créativité sont nécessaire, cela restera leur travail.

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