Trois questions à Isabelle Valentin Bianco, directeur ingénierie – Acoustics and Soft Trim chez Faurecia

A l’heure où la France se mobilise pour donner un avenir à son industrie, nous avons recueilli la vision d’une femme qui, au travers de l’association Femmes Ingénieurs, s’engage en faveur de la mixité au sein des entreprises… pour leur plus grand profit.


Membre de la société des Ingénieurs et scientifiques de France (IESF), Femmes Ingénieurs est une association à but non lucratif (loi 1901) créée en 1982 pour encourager la mixité dans les sciences et l’ingénierie. Partout en France, cette association fait la promotion des métiers d’ingénieur auprès des jeunes filles dans le monde de l’éducation et de l’enseignement supérieur et elle assure aussi la promotion des femmes ingénieurs et scientifiques dans les conseils d’administration.

Dans l’Industrie du Futur, les technologies de l’information occupent une place prépondérante. N’est-ce pas l’occasion pour les femmes de trouver là, des débouchés prometteurs pour leur carrière ?

Ce que l’on observe dans l’industrie est l‘exacte reproduction de ce qui existe désormais dans la vie de tous les jours. On veut que l’information soit disponible immédiatement partout. Qu’elle ne soit plus la propriété d’une machine ou d’une personne mais au contraire, un bien de la communauté qui soit accessible à tout instant.

S’agissant des métiers liés au numérique, on peut faire un premier constat. Dans les années 70 et 80, on trouvait 20 % de femmes dans les écoles d’ingénieurs en informatique, alors qu’elles ne comptent aujourd’hui que pour 11 % de leurs effectifs. C’est caractéristique de notre culture occidentale : cette industrie ayant acquis ses lettres de noblesse, il y a une tendance à pousser les hommes vers ces métiers. Une résurgence de la culture collective qui veut que l’homme occupe les avant-postes.

En terme d’apprentissage, les femmes ont autant de compétences, sinon plus puisque leur taux de réussite dans les baccalauréats scientifiques est plus élevé. Chez Google, on trouve 79 % d’hommes dans les postes à responsabilité et 72 % chez Apple. Et dans l’industrie en général, les femmes sont plus présentes dans les effectifs opérationnels que dans les équipes managériales.

On rencontre en moyenne 28 % de jeunes femmes dans les écoles d’ingénieurs mais seulement 15 % d'entre elles sont dans l’électronique et l’informatique. L’électrotechnique et les automatismes n'en attirent que 4 %. Un filtrage s’opère à chaque passage d’orientation puisque jusqu’en Terminale S, on trouve 50 % de jeunes filles… après, force est de constater que l’industrie en Occident reste un monde d’hommes.

L'Industrie du Futur traque toutes les pistes permettant d’optimiser la production... en la matière des équipes mixtes sont-elles plus performantes que celles qui ne le sont pas ?

La série d’études Women Matter menées par McKinsey depuis 2007, a montré une corrélation entre la mixité au sein des instances dirigeantes des entreprises et une meilleure performance.

On reste encore aujourd’hui très loin de la parité dans les entreprises en générale et dans l’industrie en particulier. Pour l’heure, on considère qu’une équipe de travail est mixte lorsque le sexe le moins bien représenté, compte pour 30 % de son effectif. Les femmes sont par exemple, toujours sous représentées au sein des directions générales des entreprises. En France par exemple, elles ne comptaient en 2013 que pour 9 % des effectifs dans les comités exécutifs.

Pourtant les études Women Matter montrent que les équipes mixtes sont plus performantes que celles qui ne le sont pas. On peut par exemple souligner que la rentabilité sur fonds propres est supérieure de +1 % dans les entreprises où la mixité atteint les niveaux précédemment évoqués. Il en va de même pour le résultat opérationnel avec un gain encore plus significatif puisqu’on parle cette fois de +5,3 %. Et le phénomène tend à s’amplifier lorsque l’on aborde la croissance boursière pour laquelle le différentiel en faveur de la mixité permet une surperformance du cours des actions de +15 %.

Ce que l’on observe sur un plan plus pragmatique, c’est que quand une équipe s’ouvre à la mixité, on augmente la part de l’écoute active. Comparées à leurs collègues masculins qui tendent à être plus individualistes et préoccupés par leur carrière, les femmes tendent à s’accomplir en développant une stratégie d’équipe avec des visées à moyen-long terme. Dans le domaine sportif, on dirait que les femmes la jouent collectif… Les études qui sont menées aujourd’hui démontrent que les femmes apportent un regain d’inspiration dans une équipe, elles favorisent les prises de décision participatives et participent à un meilleur partage des attentes et de la reconnaissance.

En outre, les femmes ont une influence positive qu’elles occupent un poste opérationnel ou managérial dans une équipe. Une femme fonctionne plus facilement dans une organisation matricielle qu’un homme. C’est essentiel dans une entreprise industrielle parce qu’une femme va accepter plus facilement de travailler à des objectifs communs que ses collègues masculins. Elle va envisager l’ensemble des problématiques relatives à un sujet ou un projet, comme un élément global et non pas, comme une succession d’objectifs individuels n’ayant aucun rapport les uns avec les autres.

C’est si vrai que depuis 2011, l’industrie numérique a pris conscience de l’apport spécifique des femmes et l’immense majorité des entreprises qui la compose –90 % – s’est engagée à promouvoir l’égalité et donc, à recruter des femmes…

Il faut comprendre que cette industrie est un monde très jeune qui se développe sous l’influence de la nouvelle génération. Qu’ils soient hommes ou femmes, ceux que l’on appelle les milleniums, ont des attentes moins différenciées dans l’équilibre entre leur vie professionnelle et leur vie privée. La bonne nouvelle pour les femmes, c’est que le monde du numérique va s’adapter aux attentes de cette génération en limitant les contraintes de temps : horaires souples, temps partiels, télétravail, etc. De tels aménagements du temps de travail mettent les femmes sur le même pied d’égalité que les hommes.

Qu'est-ce qui va manquer à l'Industrie du Futur si elle ne donne pas aux femmes la place qu'elles sont en droit et surtout en capacité, d'y occuper ?

C’est simple, dans un tel cas, l’Industrie du Futur perdra 50 % de talents. C’est une évidence, dans les décisions d’achat automobile par exemple, un acheteur sur deux est une femme. Mieux, les femmes comptent pour 80 % en termes d’influence dans l’achat d’un véhicule. En d’autres termes, il faut compter avec elles lorsque le choix porte sur leur propre besoin mais elles ont aussi leur mot à dire, lorsque la décision concerne le couple ou la famille.

Les femmes sont plus autonomes dans leur choix que par le passé. Pas besoin d’être un spécialiste du marketing pour comprendre qu’une femme dépensera plus d’argent pour une voiture qui lui plaît qu’elle n’investirait dans un véhicule qui ne répondrait qu’à ses seules nécessités.

Pour comprendre les attentes, les besoins et les goûts des femmes, il est donc indispensable que l’Industrie du Futur aborde son avenir en intégrant plus de femmes dans ses équipes.