Trois questions à sébastien Meunier, directeur du marché Tertiaire, Building & Living space d’ABB France

A l’aube de l’édition 2015 du congrès Smart-Grid Paris, ce spécialiste de la question chez ABB revient sur la réalité de ces systèmes et leur futur, et fait le point sur l’offre actuelle, en particulier à destination des industriels.

 

Le smart-grid, ça existe ou pas ?

Le smart-grid assemblé n’existe nulle part dans le monde actuellement. En revanche, un certain nombre de briques nécessaires est disponible et des sous-ensembles fonctionnent déjà. Le vrai challenge, c’est la mise en place de l’ensemble. Cela implique une transformation très importante qui se fait morceau par morceau. Une des clés sera la mise en place du mécanisme nécessaire de la flexibilité, visant à organiser l’effacement de consommation et l’appel à des demandes en énergie. Pour l’heure, le mode de tarification de l’électricité en France limite cette flexibilité, mais les choses pourraient évoluer après le 1er janvier 2016, avec la fin des tarifs régulés de vente (TRV).

 

De quoi auront besoins les industriels une fois les TRV disparus ?

Avec des tarifs dérégulés, l’optimisation de la consommation ne se résume plus à une course au rendement et à l’efficacité énergétique. Au contraire, le smart-grid permettra justement d’utiliser des installations au rendement faible quand le tarif de l’énergie est bas. Pour que les industriels puissent en profiter, certains équipements sont essentiels : il faut des compteurs communicants (ERDF), un réseau instrumenté, afin de pouvoir en assurer l’équilibre en permanence, des outils assurant l’agrégation et de la désagrégation de l’énergie et des systèmes d’informations énergétiques permettant aux industriels de faire du pilotage énergétique de leurs usines. Ces solutions existent. Chez les industriels, le déploiement des compteurs communiquant est bien plus important que chez les particuliers et s’élèverait déjà, selon certains spécialistes, entre 40 et 50% du parc. Les systèmes d’information énergétique, c'est-à-dire la partie logicielle nécessaire pour optimiser la conduite des process en intégrant l’énergie comme une variable du système, sont aussi disponibles. Chez ABB, nous proposons déjà des solutions avec des compteurs (pour le sous-comptage par usages), des automates d’agrégation permettant de remonter les informations de consommation captées au plus près des process et des passerelles vers des systèmes d’information développés par des partenaires comme Ubigreen.

Nous avons actuellement beaucoup de demandes d’industriels pour ce type d’installations et nous en avons également déjà mis en place chez certains d’entre eux, qui sont déjà en mesure de piloter leurs installations par l’énergie. Et même si le smart-grid n’est pas encore effectif, ils en tirent déjà des bénéfices, car cela leur permet d’optimiser leur consommation poste par poste, process par process. Avec le tarif variable ils en tireront encore plus de bénéfices.

 

Le système à mettre en place doit être ouvert ou contrôlé par de grands acteurs ?

Chez ABB, nous prônons un système ouvert et une mise à disposition des données énergétiques, en apportant, bien sûr, le niveau de cybersécurité nécessaire. Notre métier est ainsi de colleter les informations au plus proche des process et de mettre ces données à disposition à d’autres acteurs de ce nouvel écosystème, qui apporteront leur brique complémentaire dans l’analyse et la gestion des données énergétiques. Comme dans le monde des smartphones, pour connaître le succès, le système doit être multicontributeurs.

A l’avenir, nous devrions assister à l’émergence de nouveaux acteurs spécialisés notamment dans les solutions de pilotage énergétique. De nouveaux métiers vont aussi s’imposer, comme les spécialistes de l’optimisation de systèmes énergétiques.

Reste la question des standards à adopter pour l’échange des informations. Elle se pose à deux niveaux. D’abord, il faut assurer une interopérabilité sur les couches basses. C’est facilement réalisable avec des passerelles et des concentrateurs comme la solution Newron qu’ABB conçoit et fabrique en France. Au niveau supérieur, celui les Web-services, il faudra s’appuyer sur un modèle commun d’échange de données entre les solutions. L’association Smart Buildings Alliance for Smart Cities, notamment, travaille sur ces questions actuellement. Mais il n’est pas question d’imposer une nouvelle norme ou un nouveau langage. Il faut laisser de la liberté aux acteurs de choisir la meilleure solution, tout en leur offrant des moyens de vérifier la conformité à leurs besoins opérationnels.